Le syndrome de Münchausen est une forme grave et tragique de maltraitance de l'enfant. Le parent ou la personne qui s'en occupe, le rend volontairement malade dans le but d’attirer l’attention sur eux-mêmes.

Le problème nous paraît comme l'exception et pourtant, les médias nous font constamment le même coup. En fait, on se le fait à nous-mêmes en récompensant les médias chaque fois qu’ils nous font paniquer. Leur récompense, c'est notre attention, notre clic.

Le phénomène a débuté il y a un siècle pendant la Guerre hispano-américaine. Les catastrophes font vendre des journaux. Sans compter qu’un suivi continu de la crise fait augmenter les cotes d’écoute et que les horreurs les plus surprenantes entraînent systématiquement plus de clics.

Les médias tentent rarement de trouver des gens ou des incidents qui nous encouragent à être calmes, rationnels ou optimistes. Triste.

Même lorsqu’ils ne provoquent pas directement des événements fâcheux, ils s’appliquent à nous faire croire que le monde entier est sur le bord de la catastrophe. Les gens qui se sentent confiants, heureux et en sécurité restent rarement accrochés au fil des nouvelles.

Les médias représentent l’un des changements les plus importants que nous avons apportés à notre culture et à nos vies. J’ajouterais aussi que la révolution industrielle et les avancées de la médecine sont deux concurrents notables à ce titre. Pourtant, parce qu’on est tous plongés dedans en tout temps, on ne remarque plus les médias, on n’y réfléchit pas activement et on succombe quotidiennement à leurs volontés.

Le brillant ouvrage de Steven Pinker montre clairement que le monde n’a jamais été plus sécuritaire qu’aujourd’hui. La principale raison pour laquelle sa thèse nous semble fausse est due au fait que les médias veulent nous faire croire qu’on est au bord du précipice. Jour après jour, c'est la catastrophe. Paradoxalement, les médias sont responsables de l’une des raisons qui font du monde un endroit plus sécuritaire qu'avant : ils ont le pouvoir de créer un sentiment d’appartenance culturelle. À ce sujet, la vision optimiste de Matt Ridley vaut également la peine d’être entendue.

Ce paradoxe me fascine. En nous reliant les uns aux autres, en intégrant les différentes cultures et en concentrant notre attention sur l’injustice, les médias ont grandement amélioré la qualité de vie de la majorité des gens partout dans le monde. En même temps, en accentuant notre perception du danger et des catastrophes, les médias nous ont convaincus que les problèmes deviennent en fait de plus en plus graves. Ils fournissent des raisons d’être optimistes, puis font du profit en vendant du pessimisme.

Je ne crois pas que les médias de masses méritent le laissez-passer que nous lui accordons. Ils ont bâti ce que nous voulions, ils ont bâti ce qui a fonctionné. Mais la course pour gagner l’attention du public va souvent de pair avec une chute vers le point le plus bas. Ça prend du courage pour dire : « Non, nous ne nous rendrons pas jusque là, même si l’auditoire n’attend que ça ». Je crois que c'est que Will McAvoy de la série Newsrooms tente de faire à travers sa « mission de civiliser ».

Nous sommes les médias et à présent, nous pouvons faire mieux.

Cet article est une adaptation d'un excellent texte de Seth Godin.


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Les médias tentent rarement de trouver des gens ou des incidents qui nous encouragent à être calmes, rationnels ou optimistes. Le monde semble souvent sur le bord de la catastrophe alors qu’il n’a jamais été plus sur.

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